Devenir (sa) mère

Ma perception des choses a énormément changé sur une multitude de sujets depuis que je suis maman…Ce qui est frappant, c’est à quel point devenir mère nous tend un miroir sur ce qu’ont été les épreuves de la nôtre.

Combien de phrases convenues et banales avons-nous pu entendre, tellement stéréotypées qu’on n’y fait même pas attention ?
Ce n’est vraiment qu’aujourd’hui que je réalise à quel point ces lieux communs du langage n’étaient pas uniquement ennuyeux.. ils étaient les témoins désespérés d’un état émotionnel qui l’était tout autant. Et je ne l’ai probablement jamais compris…

Alors, de ce constat, il suffirait de conclure que la méthode n’était pas la bonne, qu’il y avait une autre façon de se faire comprendre, que j’aurais alors peut-être pu pendre la mesure du désespoir qu’il y avait en face de moi avant de la voir fondre en larmes.
Si, étant enfant, ce mode d’expression ne m’a pas atteint, rien ne sert de le reproduire, il faudrait le dire autrement, avant de le pleurer à mon tour.

Alors, on se forme, on s’informe, on essaie de parfaire ses bases. Et pourtant, qu’importent les efforts et les initiatives, il y a bien un moment où l’esprit est poussé dans ses derniers retranchements et n’a plus que des banalités à sortir comme des bouées de sauvetage déjà crevées..

“Tu vas me rendre dingue..”
” Tu n’es pas à l’hôtel ici..”
” Mais qu’est ce que j’ai fait pour mériter ça?”

Parce que tout simplement, quand la personne que tu aimes le plus au monde est également celle qui te griffe, te frappe, te mord de rage.. après avoir passé une nuit en pointillés à la réconforter au détriment de ton sommeil pour la 1128ème nuit d’affilée.. Tu ne peux que te réfugier dans des automatismes, aussi affligeants et culpabilisants soient-ils.

Et pourtant, quand s’apaise cette tempête émotionnelle, ce sont d’autres platitudes qui reviennent..

“Je l’aime plus que tout au monde..”
” Mon enfant c’est toute ma vie..”
” Je donnerais ma vie pour elle..”

Alors, je vais continuer à faire de mon mieux. Minute après heure après semaine après mois… Parce qu’en sortant les mêmes banalités, j’espère devenir une mère aussi merveilleuse que celle que j’ai eue ❤️

#jetaimemaman

Le manque d’espace vital personnel

Aujourd’hui, j’ai envie de consacrer le temps de la sieste à écrire un peu…
Et pendant que j’écris cette phrase, j’entends gazouiller derrière moi. C’est du foutage de gueule!
Bon, elle va peut-être se rendormir, s’il y a un dieu quelque part dans l’univers, il me laissera écrire.

Vivre dans un chalet, en tiny-house, ou encore en studio, engendre souvent un souci que j’appellerais “le manque d’espace vital personnel”.
C’est comme si tout le peu d’espace disponible était à chacun, par manque d’alternative possible. Tout est optimisé pour ranger un maximum de choses, chaque chose a sa place attitrée et les humains qui vivent dans cet espace sont en mouvement dans ce décor limité.
Cela oblige à une certaine rigueur : dès qu’il y a un peu de bordel, le lieu de vie semble chaotique et sans dessus dessous.

Et ça continue à couiner derrière moi.. Rendors toi! Rendors toi!

Ici, pas de pièce fourre-tout où mettre tout ce qui ne peut se ranger ailleurs. La salle de bain contient la toilette, le lavabo, le linge sale, la douche et (un peu trop souvent) la machine à laver.
Le cagibi contient tout ce qui concerne le ménage et l’alimentation. Le garage, jusqu’ici, contenait les outils, des caisses par million pour stocker un maximum de choses, et quelques petites choses inclassables.
Reste alors la pièce de vie principale où se concentre tout le reste : la cuisine, le poêle de masse, la table à manger, le salon, la commode avec les affaires de Moïra, la table à langer, la bibliothèque, les jeux de Moïra, et en mezzanine l’espace chambre et “penderie”.
C’est dans cette pièce de vie que se passe la quasi totalité des activités de la journée pour Moïra, les deux chiens et moi-même. Quand l’homme est présent, nous sommes donc 5 êtres vivants à nous déplacer dans cet espace très réduit.

Parfois, cela me donne l’impression d’être des boules sur une table de billard, où le déplacement de l’une entraîne presque systématiquement le mouvement des autres, tout en restant prisonniers de ce cadre étirable, dans un perpétuel entrechoquement.

Je rêve d’un bureau à moi, un demi-mètre carré qui ne serait consacré qu’à mes affaires, qui pourraient y rester en permanence comme un microcosme au milieu d’un monde à partager. Nous sommes d’ailleurs en train de faire des travaux pour aménager le garage en chambre, afin de transformer l’espace mezzanine en bureaux / coin détente. Nous en avons cruellement besoin !

Tiens, je n’entends plus rien. Elle aurait replongé ?

La plupart du temps c’est supportable, avec un peu d’organisation et de méthode, chacun trouve sa place sans trop de difficultés.
Mais il y a des jours, MAIS IL Y A DES JOURS, NOM DE DIEU !…

Il y a des jours où je suis une planète. Une petite planète à la gravité énorme. Je bouge dans l’espace et les trois autres êtres vivants présents (Moïra et les deux chiens) semblent attirés vers moi par une force surpuissante. Je vais à gauche, ils vont tous à gauche. Je vais à droite, ils vont tous à droite. Ils finissent par se marcher dessus, Moïra essayant d’arracher les poils des chiens, les chiens essayant de tenir Moïra à l’écart, mais toujours en gravitant autour de ma pauvre petite planète démunie.
Tant que je bouge, le mouvement rend ça gérable. Mais si j’ai le malheur de poser mon cul sur une chaise ou une toilette, alors la gravité prend le dessus et soudain ils sont tous les trois agglutinés à moi, s’évitant, de repoussant, s’arrachant, se battant pour être celui ou celle qui me montera dessus en premier. Tout à coup je deviens arbitre d’un combat au sol où chacun se bat pour mon amour et mon attention.
Cela serait presque adorable, si ce n’était pas si envahissant.

Car que me reste-t-il, à moi, dans cet agglutinement ? Où est mon espace vital, où est mon air ?
C’est parfois si intense que j’ai l’impression qu’ils me rentrent dans la peau, qu’ils commencent à fusionner avec moi, que plus jamais je ne vais être capable de me mouvoir sans cette excroissance de sourires et de poils.

Dernièrement, j’ai commencé un bullet journal pour essayer d’organiser au mieux mes journées. J’ai d’abord pris ça pour un effet de mode assez pathétique de gonzesses qui n’avaient rien d’autre à faire de leurs journées que de dessiner dans un cahier alors qu’elles auraient simplement pu acheter un agenda à 3€.
Mais j’ai compris, hier soir, l’intérêt du bullet journal.
Transformer un cahier vierge en organisateur personnel, ce n’est pas une question de dessins, de masking tape ou de “spreads”. C’est transformer votre organisation mentale en organisation papier.
Il est évident que nous avons tous notre propre façon de penser, d’organiser notre esprit, et tout l’enjeu du bullet journal est de “traduire” ces chemins de pensées en feuilles de papiers, afin qu’elles correspondent le plus parfaitement possible à votre façon de fonctionner, et ainsi vous rendre plus efficace sur votre propre terrain.
Du coup, vous commencez à tracer, découper, décorer, un espace papier qui prend peu à peu la forme de votre cerveau. Et quand ça fonctionne, c’est que vous avez trouvé la configuration qui vous convient à vous, et qui ne conviendrait certainement à personne d’autre.

Si je vous parle de mon bullet journal, ce n’est pas par pure digression. C’est parce que j’ai réalisé que j’y tenais, très fort, très vite. Un jour, j’ai cru que l’homme était parti avec un de mes feutres par erreur, et j’étais dans tous mes états, j’étais en colère, c’était à moi, à MOI ! Cela m’appartenait à moi, moi, moi !
J’ai été surprise de ma réaction. Pourquoi cette possessivité soudaine et incompréhensible pour un malheureux feutre ?!

En fait, le bullet journal était devenu (comme mon ordinateur et mon smartphone) mon petit microcosme. Il n’appartenait et ne correspondait qu’à moi. Au milieu de cette petite pièce de vie-à-partager, j’avais une nouvelle chose qui n’était qu’à moi.
Certes, je dois encore le ranger, accompagné de mes feutres, pour éviter que ce soit le bazar tout de suite. Certes, ce bureau sera l’endroit parfait, un jour, pour l’y laisser magnifiquement posé dans mon demi-mètre carré d’espace vital. Mais en attendant, ce carnet, c’est un petit monde à moi. Un espace de liberté qui n’appartient qu’à moi.

Et si cela peut sembler triste, de se rattacher à une chose aussi insignifiante et superficielle qu’un carnet, qu’un smartphone ou un ordinateur, c’est surtout symptomatique de ce manque d’espace vital personnel que je vis au quotidien.

Est-ce que je regrette de vivre dans un petit chalet ? Non.
Nous sommes propriétaires de notre domicile et je n’ai pas encore 30 ans. Le prêt est payé, et c’est un confort d’esprit qui implique quelques difficultés. C’est un choix.

Mais quand même, ça m’a fait du bien de disposer de mon espace à moi pendant une demi-heure pour vous raconter tout ça…

Merci mon dieu de l’avoir fait se rendormir !
Et sur le temps de la relecture, la voilà réveillée…

*Plop* fait ma bulle d’espace vital en éclatant.